Nous reproduisons ci-après un extrait du rapport de l’Organisation Internationale du travail intitulé Travailler pour bâtir un avenir meilleur. Comme par hasard, au titre des mesures à prendre, bien évidemment des mesures en matière de temps de travail !

•• Renforcer la maîtrise du temps. Les travailleurs ont besoin d’une plus grande autonomie s’agissant de leur temps de travail, tout en répondant aux besoins des entreprises. Utiliser la technologie pour élargir les choix et atteindre un équilibre entre le travail et la vie personnelle peut y contribuer, atténuant les pressions qu’engendre une démarcation de plus en plus floue entre temps de travail et temps consacré à la vie privée. Il faudra poursuivre les efforts pour mettre en place une limitation de la durée maximale du travail, parallèlement à des mesures pour améliorer la productivité, ainsi que des garanties concernant la durée minimale de travail pour créer de véritables choix en matière de flexibilité et de maîtrise des horaires de travail.

Le passage consacré au temps de travail établit parfaitement la corrélation entre une durée de travail excessive et les atteintes aux droits des salariés qui en résultent :

  1. Nous recommandons la mise en place d’une garantie universelle pour les travailleurs qui comprenne :
    a) les droits fondamentaux des travailleurs: la liberté syndicale et la reconnaissance effective du droit à la négociation collective et l’interdiction du travail forcé, du travail des enfants et de la discrimination; et
  2. b) un ensemble de conditions de travail de base :
  • i) un «salaire assurant des conditions d’existence convenables»;
  • ii) la limitation du temps
    de travail ; et
  • iii) des lieux de travail sûrs et salubres.

La communauté internationale reconnaît depuis longtemps la santé comme un droit humain. Mais, dans un monde où près de 3 millions de travailleurs continuent de mourir chaque année des suites d’accidents du travail et de maladies professionnelles, il est temps que la sécurité et la santé au travail soient reconnues comme un principe et un droit fondamental au travail.
Les différents éléments de la garantie universelle pour les travailleurs sont étroitement liés et se renforcent mutuellement. Ainsi, la limitation des heures de travail excessives réduira les accidents du travail et les risques psychosociaux associés. Un «salaire assurant des conditions d’existence convenables» aidera à lutter contre le travail des enfants et le travail forcé qui résultent de la pauvreté au travail et des bas salaires.

Et le rapport de poursuivre :

Trop de travailleurs continuent de travailler un nombre excessif d’heures, ce qui les rend pauvres en temps. Dans le monde entier, un grand nombre de femmes luttent pour concilier travail et responsabilités en matière de soins. De nombreux travailleurs sont contraints de travailler un grand nombre d’heures parce que leur ménage est pauvre ou risquerait de tomber dans la pauvreté si leur temps de travail était réduit. À l’opposé se trouvent les travailleurs qui n’ont pas suffisamment de travail. Près d’un travailleur sur cinq dans le monde ayant une durée de travail réduite déclare qu’il aimerait travailler davantage. Pour beaucoup d’entre eux, le temps de travail est très variable et imprévisible, sans garantie quant au nombre d’heures de travail rémunérées ou aux revenus par semaine, et sans qu’ils aient leur mot à dire, ou presque, sur leurs horaires de travail.

Autrement dit, depuis le rapport Villermé sur le temps de travail des enfants, la problématique du temps de travail reste incontournable en droit du travail.