Nous reproduisons ci-après le résumé d’une étude passionnante sur le monde de l’audit : La société de cour de l’audit : application d’un cadre théorique Eliasien à l’analyse du up-or-out system dans les cabinets d’audit. 

Où comment les auteurs démontrent que ces structures constituent de véritables sociétés de cour au sens que Norbert Elias a donné à ce concept.

Ce papier de recherche propose d’étudier le système up-or-out qui régit la gestion des carrières dans les cabinets d’audit Big Four. La littérature s’est intéressée jusqu’à maintenant à la socialisation des auditeurs en soulignant les comportements auxquels ces derniers doivent se conformer et les rôles sociaux qu’ils doivent intérioriser afin de réussir dans ces cabinets élitistes. Plutôt que d’observer l’adaptation de l’individu au système, nous considérons une dimension plus concurrentielle de ce dernier afin de comprendre comment les auditeurs finalement triomphent du up-or-out. Notre recherche basée sur une ethnographie participante et des interviews, montre que les auditeurs doivent se comporter comme des « entrepreneurs de leur réputation » afin de s’assurer des chances de promotion. Nous utilisons le concept de configuration tel que théorisé par Norbert Elias pour montrer que les cabinets d’audit Big Four constituent un espace social où les individus sont dans des relations d’interdépendances en tant qu’alliés et adversaires. De ce point de vue nous montrons que le cabinet d’audit peut être comparé à une société de cour car il fonctionne comme une arène où se font et défont des réputations et où les auditeurs doivent mettre en scène leur compétence pour s’assurer les chances de promotion. Les auditeurs doivent donc en permanence s’investir dans un « travail réputationnel » dont le succès n’est pas garanti car ils ne contrôlent pas entièrement leur réputation, celle-ci obéissant à des logiques sociales (cercles vicieux et vertueux, influence de caractéristiques sociales exogènes, alliances et appartenance à des « écuries » au sein du cabinet) tout autant qu’elle est la résultante de stratégies de maximisation.

Nous retiendrons plus particulièrement dans cette étude l’analyse du staffing : Le « staffing » désigne le dispositif de planification des équipes et leur allocation sur les différentes missions. C’est un processus complexe permettant de concilier les besoin des clients avec les souhaits des associés et des collaborateurs et de s’assurer que les équipes disposent des compétences requises au coût le plus faible (un junior ou un stagiaire coute moins cher en taux horaire et permettent de dégager davantage de marges sur les honoraires facturées au client). Les relations entre individus au sein du cabinet sont profondément impactées et structurées par ce « staffing ».

Et la conclusion qui décrit tous les paramètres de la société de cour : Premièrement il faut pour réussir dans un tel espace social, non pas tant se conformer à des normes ou à des rôles sociaux que maîtriser les interdépendances et manipuler les relations informelles. Un ensemble de compétences (nouer des alliances, réseauter, estimer les processus sociaux) sont nécessaires pour naviguer à travers le système
up-or-out. Ces compétences font référence à la capacité de comprendre les dynamiques relationnelles de groupe. Ce sont ces compétences qui permettent au sein de la compétition sociale d’être repéré et sélectionné. Deuxièmement l’analyse de l’ « audit court society » permet aussi de mettre en évidence des phénomènes sociaux qui échappent au contrôle des auditeurs et qui rendent les carrières au sein du système up-or-out incertaines et stressantes : la dynamique du groupe et les interdépendances produisent des effets d’emballement, des cercles vertueux et vicieux et un formalisme social accru. 

Le texte n’évoque ni les problématiques de harcèlement, ni de burn out. Ce n’est pas le sujet annoncé. Reste que devant un tel univers normatif, on ne peut s’empêcher de penser que ces pathologies sont inhérentes à ce mode de fonctionnement.