Christophe Dejours est psychiatre. Il a déjà consacré un ouvrage à la souffrance au travail.

La dernière étude qu’il a publiée en collaboration avec Antoine Duarte, psychologue clinicien, n’incite pas à l’optimisme. Elle montre que par delà le caractère extrême et ignoble de ce qui s’est produit au sein de l’entreprise France Télécom, la dégradation des conditions de travail constitue un vecteur structurant qui alimente les situations de harcèlement.

Nous en reproduisons ci-après le résumé :

Objectif

Cet article vise à mettre en lumière la transformation de la clinique du harcèlement au travail à l’aune des savoirs théoriques et pratiques de la psychopathologie et de la psychodynamique du travail.

Méthode

L’écrit repose sur un ensemble de faits cliniques rencontrés depuis plusieurs années au sein de consultations cliniques en cabinet et dans des enquêtes en psychodynamique du travail, menées sur le terrain en entreprise et en institution. L’article insiste plus particulièrement sur le cas de l’institution judiciaire. À partir de ce matériel clinique, les auteurs souhaitent dégager les éléments essentiels qui caractérisent l’évolution du harcèlement au travail et ses conséquences psychopathologiques pour les sujets.

Résultats

Les auteurs constatent depuis maintenant plusieurs années un accroissement des pathologies mentales consécutives au harcèlement, dont la définition doit cependant être repensée au regard des transformations de l’organisation du travail. Si le harcèlement est loin d’être une pratique nouvelle, ses conséquences psychopathologiques prennent en revanche des formes plus graves qu’il y a trente ans.

Discussion

Il apparaît que les nouvelles formes d’organisation du travail procédant du « tournant gestionnaire » initié dans les années 1990 génèrent une érosion des solidarités au sein des collectifs de travail et une solitude, constituant des éléments étiologiques majeurs dans les décompensations aujourd’hui constatées.

Conclusion

Les pathologies du harcèlement sont ainsi à envisager comme un des signes les plus flagrants de l’évolution délétère du monde du travail pour le fonctionnement psychique des sujets. Si une prévention existe, elle réside avant tout dans le rétablissement des coopérations et dans la volonté collective de lutter pour la qualité du travail.