La relation de travail n’est pas dénuée de psychologie. Pour le meilleur, c’est la problématique de l’entreprise libérée ou du management bienveillant, comme pour le pire. C’est ce qu’illustre la récente étude sur les personnes passionnées par leur travail et dont finalement la passion aboutirait à des phénomènes d’exploitation.

Au passage, cette étude dont nous reproduisons ci-après le résumé confirme et conforte la justesse de la position de la Cour de cassation sur la possibilité pour un salarié d’obtenir le paiement de ses heures supplémentaires même si l’employeur s’y est apparemment opposé à partir du moment où leur exécution est nécessaire à la réalisation de la tâche confiée dans les délais.

La poursuite de la passion dans son travail est vantée dans le discours contemporain. Bien que la passion puisse effectivement être bénéfique à bien des égards, nous suggérons que l’accent culturel moderne puisse aussi servir à faciliter la légitimation de pratiques de gestion injustes et dégradantes – un phénomène que nous appelons la légitimation de l’exploitation de la passion. A travers 7 études et une méta-analyse, nous montrons que les gens considèrent en fait que le mauvais traitement des travailleurs (par exemple, demander aux employés de faire des tâches dégradantes qui ne sont pas pertinentes à leur description de travail, demander aux employés de faire des heures supplémentaires sans salaire) est plus légitime lorsque les travailleurs sont présumés « passionnés » de leur travail. Il est important de noter que nous démontrons deux mécanismes de médiation par lesquels ce processus de légitimation se produit : (a) les hypothèses selon lesquelles des travailleurs passionnés se seraient portés volontaires pour ce travail s’ils en avaient eu la chance (études 1, 3, 5, 6 et 8), et (b) la conviction que, pour les travailleurs passionnés, le travail lui-même est sa propre récompense (études 3, 4, 5, 6, et 8). Nous trouvons aussi du soutien pour l’inversion du processus de légitimation, dans lequel les gens attribuent la passion à un travailleur exploité (par opposition à un travailleur non exploité) (étude 7). Enfin, et conformément à l’idée que ce processus est lié à des motifs de justice, un test de médiation modérée montre qu’il est plus prononcé chez les participants qui croient beaucoup en un monde juste (étude 8). Prises ensemble, ces études suggèrent que même si la passion peut sembler un attribut positif à assumer chez d’autres, elle peut aussi autoriser un traitement pauvre et abusif des travailleurs.