Le rapport sur les arrêts de travail contient plusieurs propositions. Une proposition est particulièrement médiatisée : celle relative à l’instauration du jour de carence, c’est-à-dire le délai pendant lequel un salarié en arrêt maladie ne reçoit ni indemnité journalière ni salaire.

Nous voudrions rappeler à cet effet deux apports d’études citées par le rapport :

Première étude : L’effet du délai de carence sur le recours aux arrêts maladie des salariés du secteur privé, Dossiers solidarité et santé n°58, DREES, 2015

Les résultats montrent que l’indemnisation au cours du délai de carence n’a pas d’effet significatif sur la probabilité d’avoir au moins un arrêt dans l’année, mais a un effet négatif et significatif sur la durée totale des arrêts. Ces résultats suggèrent que le délai de carence ne réduit pas l’aléa moral sur le recours aux arrêts de travail pour raisons de santé. 61% des établissements enquêtés déclarent prendre en charge le délai de carence, correspondant à deux tiers des salariés couverts. Ainsi, le choix de ces employeurs du secteur privé de couvrir leurs salariés au-delà de leurs obligations légales semble bien relever d’une décision rationnelle : la souscription d’une assurance de prévoyance complémentaire du délai de carence permet de limiter les coûts liés au présentéisme, sans pour autant accroître leur niveau de risque, même lorsque cette prise en charge atteint 100% du salaire. 

Autrement dit, il n’y a rien d’irrationnel à payer un salarié qui ne vient pas travailler à la suite d’un arrêt de travail.

Deuxième étude : celle de la DARES sur l’influence des conditions de travail sur les arrêts maladie

La probabilité qu’un salarié s’absente pour maladie dépend de variables sociodémographiques comme l’âge, le sexe, la composition du foyer, la catégorie socioprofessionnelle et le secteur d’activité dans lequel il est employé. Les salariés en CDI avec plus d’un an d’ancienneté et les fonctionnaires sont relativement plus souvent absents que les personnes en CDD ou récemment embauchées en CDI (respectivement 3,7 et 3,9 %, contre 2,6 %). Cette différence persiste lorsqu’on tient compte des principales caractéristiques identifiables des salariés.

L’absentéisme augmente fortement avec le niveau d’exposition aux contraintes physiques et psychosociales. Si les cadres sont beaucoup moins souvent absents pour maladie que les ouvriers (1,6 % contre 4,5 %), c’est dans une large mesure parce qu’ils sont dans l’ensemble moins exposés aux contraintes physiques et psychosociales dans le travail.

Bref, dans ce contexte, il est extrêmement critiquable de dénoncer les arrêts maladie de complaisance.